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NOELLE ET L'ORDI 3

2001 - 2002

L'ordinateur serait-il la bête ou le dragon du XXIème siècle ?

Et puis tout à coup alors que je n'avance plus, il invente, me dépasse, me surprend, crée le hasard ou un effet là où je ne l'attendais pas. Parfois c'est l'inverse, il démet ce que je mets, détoile ce que j'agrège dans une sorte de rage , ou de roue de la fortune endiablée et délirante. Je veux qu'un tableau animé aille de A à B puis de A à C et lui crée ABCACBCC. Une langue personnelle. le mélange. L'absurde mis en forme.

L'artiste découpe dans la réalité ou pressent dans l'ailleurs. Rechercher une primitivité à l'inverse de la surenchère technologique.

Accorder la fausse rigueur de la machine à la fragilité humaine.

Tout le monde s'interroge sur une nouvelle esthétique . Qu'elle est-elle ?
Et y en a-t-il une ? A part des effets spéciaux genre flying logos des années 80 ?

Animer pour Animer. A quoi bon.

Typo (cliquer sur l'image)

typo

Anima, l'âme.

Apprendre un logiciel ou se laisser porter par lui. J'ai souvent l'impression que réussir un projet, n'est pas seulement le créer ou le réussir mais le faire advenir.

Même cas de figure que dans le cinéma : réussir à faire le premier court métrage puis obtenir l'avance sur recette... La voie étroite .

Réussir à tout mettre ensemble pour qu'un projet soit, comme si les forces créatives étaient centrifuges et s'opposaient à des forces centripètes.

METTRE EN ŒUVRE, METTRE EN IMAGES

Mettre en œuvre est sans doute la meilleure expression, ici prise dans son sens premier : mettre- en- œuvre. Pour exprimer ce tiraillement que l'artiste doit équilibrer , quelque soit son mode d'expression. Car une œuvre n'est que lorsqu'elle rencontre son public. sinon elle est morte aux cimetières des éléphants.

On dit qu'il fallait une vie pour être un bon peintre à l'huile, mais je pense qu'il faut plus d'une vie pour être un artiste multimédia acceptable. D'abord il faut apprendre les logiciels, mais à peine les a-t-on appris qu'une nouvelle version a effacé la première. D'ailleurs dans les cours de logiciels on apprend des mécanismes , des recettes pas penser à créer du multimédia. La technique, la technique.

Mais à la différence des peintres traditionnels qui développaient malgré tout dans une relative autonomie ( un chevalet, des tubes, un pinceau) , le multimédia crée la dépendance au matériel, à un système économique et industriel.

  • matériel : ordinateur , argent pour l'acheter, l'entretenir , fongibles divers . Avant même d'avoir vendu une pièce (le marché est inexistant), il faut avoir préalablement fait fortune pour acheter le matériel.
  • économique et industriel : pc et mac incompatibilité, logiciels rendus obsolètes et sans suite logique dans l'ergonomie. Toujours apprendre, désapprendre ce qu'on a appris pour réapprendre.

Nouvelles versions qui créée de bugs dans d'autres fichiers; plus de responsabilité aucune des constructeurs ou développeurs. Advienne que pourra. Plus que des micro-spécialistes. Personne ne possède plus la chaîne du savoir, que des fragments qu'une nouvelle expérience peut contrecarrer.

Exemple : Director version 6, ergonomie d'une certaine manière Director version 8 nouvelle ergonomie, les fonctions ne sont plus à la même place, les termes ont changé. Une poule n'y retrouve plus ses petits. Comme si en apprenant l'anglais on apprenait à dire chapeau : "hat" et que six mois après chapeau se disait "finger" avant de s'appeler plus tard "face". Et que tout cela soit donné comme normal. Plus de repère, les plus élémentaires. Allez comprendre.

Casse tête chinois.

Je rêve d'un support de création numérique qui serait aussi simple que d'accrocher une toile sur un mur.

Quand je dis simple je ne dis pas simpliste mais d'une tranquille évidence.

On produirait sur un ordinateur en se préoccupant essentiellement de la chose représentée, de ce qu'on donne à voir, sans avoir à se triturer les méninges sur la manière dont on donne à le voir.

IDÉE-PENSÉE OU GESTE

Guerre (cliquer sur l'image)

Le geste précède-t-il l'idée ou inversement ?

Les orientaux on su concilier les inconciliables en cherchant dans la calligraphie donc l'écriture, un geste qui partirait du ventre, du "ki", où s'exprimerait une énergie qui prendrait forme dans la ligne, dans une sorte de continuité corps-esprit sans entrave.

Je suis au cœur de cette contradiction (qui est aussi celle de notre époque) car si je crois au "jet-geste", à l'expression physique du pinceau sur la toile, mon mode d'expression plastique est l'ordinateur.

Or comment retrouver de la primitivité dans des 0 et des 1. Enfin si plein, vide.

Comment exprimer un geste "pur" ou du moins immédiat en passant par les menus déroulants d'un logiciels, en glissant une souris sur un tapis, en regardant s'inscrire la transcription de ce geste sur un écran.

Et pourtant j'ai l'impression que les grands artistes seront ceux qui atteindront le geste au-delà de l'idée, et la trace au-delà de l'écriture.

Une sorte de dénominateur que l'on pourrait appeler la poésie.

Un geste médiatisé peut-il garder sa force, sa violence vitale ? Travailler avec des machines (ordinateur, caméra, appareil photo) impose de penser, de contrôler. Alors que créer impose l'abandon.

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